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Le résultat de l’élection présidentielle en Corse est édifiant sur l’état politique de notre société.

Que Le Pen caracole en tête, dans toute l’île, villes et villages, n’est pas un fait à relativiser. Rappelons que l’accession au pouvoir du FN signifierait, entre autres, pour notre île :

• La certitude d’une logique nationaliste française qui refusera toute évolution. La proposition institutionnelle, la plus avancée, étant la création d’un seul département •L’hostilité à une construction européenne au nom d’une France souveraine.
• Le refus d’envisager tout statut de résident, toute coofficialité et autres évolutions qui admettraient que la langue corse a les mêmes droits que la langue française
• La garantie qu’au nom de leur surenchère répressive, les dirigeants d’extrême droite se feront un plaisir d’utiliser notre île comme laboratoire face aux traditionnels débordements qui s’y déroulent..

Faire changer le « Dio Vi Salvi Regina » et promettre, comble de démagogie, qu’aucun match n’aurait lieu un 5 mai (ce qui est déjà acquis…) ont constitué les deux seuls messages de sa récente visite. Et ça marche !…

Mais le plus grave n’est pas là. Ce ne sont pas les seuls gendarmes à avoir voté FN dans l’île. Il faut donc chercher d’autres explications.

La confusion qu’engendre le vocable de « Nationaliste » est à ce sujet éloquente.
Il me parait urgent de clarifier. Personnellement je n’utilise plus ce terme depuis belle lurette pour qualifier ma propre démarche. Je suis corse et basta. Au nom de quoi me dissocierais-je d’autres corses, morcelant ainsi mon peuple, m’élevant au dessus des autres en m’affublant d’un qualificatif pontifiant. Dire je suis nationaliste me fait penser à ces auto-collants de jadis affichant « so corsu è nè so fieru ». Si, hier, alors qu’il fallait convaincre qu’il y avait un peuple corse, affirmer nationaliste était un appel à la vie, aujourd’hui le moment est venu d’éclairer sur le contenu de la démarche car c’est bien la confusion qui engendre la crise actuelle.

Derrière un même label se dissimulent des idéologies allant de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par des réformistes. Or l’heure est à des choix cruciaux qui ne supportent plus le flou artistique.

L’élection présidentielle a souligné que la principale fracture était entre souverainiste de droite et de gauche attachés au rôle fondamental d’un État nation et partisans de la reconstruction d’une Europe mieux armée, plus politique et sociale pour exploiter une incontournable mondialisation.

Je m’inscris, avec conviction, dans cette approche moderne, tenant compte des formidables potentiels technologiques au service de l’émancipation individuelle et du bien être collectif.
C’est l’enjeu d’une communauté de destin sacrément remise en cause par les surenchères actuelles invoquant la colonisation de peuplement. Je reçois beaucoup de messages en ce sens. Je comprends l’angoisse devant la lente agonie culturelle de la Corse amorcée il y a plusieurs dizaines d’années. Mais quelle est la solution ? Les expulsions massives ? De qui, sous quels critères ? Au nom de quelle conception des droits de l’homme ? Et avec quelle conséquence sur une économie dont, le moins que l’on puisse dire, c’est que dans les tranchées, derrière les fourneaux, dans des vignes, il n’y pas que jeune Corses de souche qui y travaillent…

Cela ne signifie nullement qu’il faille sacrifier notre identité sur l’autel de l’efficacité économique. Bien au contraire, il faut que l’investissement citoyen soit concret. Par exemple, sur le terrain de la langue, il serait temps que la société civile participe à créer les conditions d’une réelle immersion. Car il faut donner, en particulier à nos jeunes, les moyens de se « corsiser », quelle que soit leur origine.

Mais, bien sûr, on peut continuer à éluder les problèmes en dénichant toute sorte de boucs émissaires. On s’en tirera en affirmant que ce deuxième tour ne nous concerne pas, nous Nation corse. A la limite j’admets que les nationalo-nationalistes corses aient une certaine logique à énoncer cela. Que des nationalistes français prennent le pouvoir à Paris serait une clarification et le match Nation française-Nation Corse serait enfin mieux engagé. Ça se tient. Ce « chjami e rispondi » entre souverainistes a du sens…

Mais pour ceux, et je fais en particulier allusion à la mouvance Femu à Corsica, qui ont des démarches de fond semble-t-il différentes, n’est-il pas temps de clarifier et d’appeler à voter, à tout le moins, contre la dérive fascisante de la France ? Car nous en figurerions, à coup sûr, parmi les premières victimes d’un pays qui serait de moins en moins ami…

LEO BATTESTI
24 avril 2017

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