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A l’occasion de l’Aberri Eguna, le Comité National d’ELA tient à faire la déclaration suivante

[le désarmement doit contribuer à la consolidation de la paix]

1- ELA se félicite de l’initiative qui s’est déroulée en Iparralde et qui a mené au désarmement d’ETA. Le Comité National valorise et remercie le travail réalisé par les «Artisans de la paix». Ces derniers, assumant la responsabilité que les Etats ont refusé d’assumer, ont réuni les volontés d’une large représentation de la société basque, des élu-e-s, de la Communauté d’Agglomération Pays Basque et d’organismes internationaux pour aboutir avec succès au désarmement. ELA sera un acteur actif pour que ce pas nécessaire soit suivi par d’autres qui  permettent de renforcer le vivre ensemble et la paix au sein de notre peuple, comme ceux qui sont en lien avec la reconnaissance et la réparation dues aux victimes, le changement de politique pénitentiaire – en libérant les prisonniers malades, en rapprochant les exilés et déportés- ou la démilitarisation.

[pas de bilatéralité sans droit de décider]

2- La célébration de l’Aberri Eguna nous oblige à évaluer l’état de santé de notre autogouvernement. Concernant la Communauté Autonome d’Euskadi (CAE), ELA tient à dénoncer l’imposture que représente d’un côté, la création d’une énième commission sur l’autogouvernement au Parlement de Gasteiz, et de l’autre, la manière par laquelle le lehendakari et son parti, viennent défendre le dit principe de bilatéralité.

3- Cela fait plus de vingt ans que nous subissons la politique uniformisatrice de l’Etat, qui a complètement défiguré notre cadre juridique. Ainsi, l’offensive contre nos compétences se poursuit : les lois approuvées par le parlement (notamment celles qui ont un contenu social particulier) sont suspendues ; notre cadre de compétences est mutilé par le biais de lois fondamentales ;   la Délégation du Gouvernement fait des recours contre des centaines de résolutions de l’administration basque…  Et dans ce contexte, le parti nationaliste au gouvernement continue, de façon incompréhensible, à défendre qu’il est possible de changer notre cadre juridique dans le respect institutionnel entre le Gouvernement de l’Etat et les institutions basques, ce qui s’appelle la bilatéralité.

4- Pour ELA, il s’agit là d’un discours au service de la “Grande coalition”, formée par le PNV, PSE et PP, qui soutient le Budget du Gouvernement basque et leur forte orientation néolibérale. Notre conclusion se voit renforcée par le discours du lehendakari quand ce dernier dit que toute modification du cadre juridique basque doit se faire obligatoirement  avec l’appui d’au moins une des deux principales forces espagnoles (PP ou PSOE), condition qu’il nomme l’«obligation de pacter ». Cette condition est de fait une concession d’entrée de jeu inacceptable, parce qu’offrant un droit de veto aux forces espagnolistes et interdisant ainsi à un éventuel nouveau cadre d’intégrer le droit de décider.

5 – La bilatéralité n’existe pas. Il suffit de rappeler que c’est justement l’absence de bilatéralité qui a amené la Catalogne à activer la mobilisation sociale pour renforcer un processus qui sera nécessairement unilatéral. Et face à cela, le lehendakari a réagi en disant qu’«il était inquiet du fait que des mouvements sociaux sans responsabilité conditionnent la Catalogne»  et que «des mouvements sociaux sans responsabilité politique conditionnent les partis politiques qui devons rendre des comptes à la société. C’est délicat de confondre démocratie représentative avec démocratie participative». Il semble que la société civile ne soit pas du goût de notre principal chef de gouvernement, surtout si elle interpelle  les décisions et stratégies du gouvernement ou met clairement en évidence la complaisance de ce dernier avec l’actuel statu quo.

6- La bonne presse dont jouit le Gouvernement basque dans les medias de l’Etat espagnol, et le fait que ces medias et le gouvernement espagnol lui-même désignent notre principal représentant comme contre-exemple du souverainisme catalan, ne laisse aucun doute sur ce qu’est aujourd’hui la politique du Parti Nationaliste Basque en Espagne :  anesthésier les aspirations nationales de la société basque et faire tenir bien calmement notre autonomie muselée dans l’Espagne uniformisatrice.  Il n’y a qu’une bilatéralité qui fonctionne : celle de la coïncidence au niveau des politiques néolibérales et d’austérité.  Ce qui existe réellement est une alliance de classe qui soumet l’autogouvernement et la souveraineté de notre peuple aux intérêts des pouvoirs économiques, financiers et patronaux.

7- Face à cette situation, ELA souhaite rappeler une évidence : il n’y aura jamais de bilatéralité sans une reconnaissance nationale de notre peuple qui intègre  le droit de décider. Nous sommes convaincus que c’est seulement depuis notre liberté (y compris notre liberté de nous en aller) que nous pouvons être traités comme égaux par l’Etat.  Ce principe simple, qui a déjà été appuyé par la majorité parlementaire à Gasteiz en 2005, et immédiatement rejeté par les Cours espagnoles, continue d’être tout aussi valable aujourd’hui.  C’est pourquoi nous croyons que créer à chaque fois des commissions sur l’autogouvernement, comme ce qui a été fait récemment, en épuisant les législatures successives, n’est rien d’autre qu’une façon de fuir le conflit politique avec l’Etat dans toute sa dure réalité.

8- Le fait que la coalition représentée par le PNV, le PP et le PSOE soit réfractaire au changement politique  en termes de droit de décider s’explique par une évidente position de classe. Une position qui prend tout son sens dans des politiques d’austérité et une politique fiscale en faveur des patrons et des actionnaires.  A cela se rajoutent la décision du Gouvernement de gérer le « dialogue social » sans la majorité syndicale ; l’approbation de conventions collectives signées sans la majorité syndicale ; le combat contre le droit de grève via les décrets de services minimums ; son refus d’appuyer une ILP (Initiative de Loi Parlementaire) pour une amélioration des conditions de travail dans les entreprises sous-traitantes  ;  le refus d’une négociation collective dans le secteur public ; le prolongement incompréhensible de conflits dans les domaines dépendant des administrations basques… sont autant de preuves de cette position néolibérale et de classe.

[renforcer l’indépendance syndicale pour résister à la dégénérescence démocratique]

9- ELA veut attirer l’attention sur une question très préoccupante concernant  la situation actuelle dans la CAE. La droite représentée par le PNV, faisant choeur avec d’importants medias et représentants patronaux, remet en cause le droit d’ELA d’émettre une opinion politique.  Remettre en cause le droit d’un syndicat (ou de toute autre organisation sociale) à émettre un avis ou de vouloir peser sur les décisions prises dans les instances politiques et affectant les citoyen-ne-s, constitue une grave atteinte aux droits fondamentaux. Cela met en évidence la faible culture démocratique des organisations pouvant penser ainsi. Face à une telle dégénérescence, tous les signaux d’alarme de notre organisation sont au rouge.

10- Il est regrettable d’avoir à parler en ces termes 41 ans après la mort du dictateur. Mais cette forme de pensée est exprimée sans complexe de nos jours en Euskal Herria, par le principal parti politique de la CAE.  C’est la raison pour laquelle ELA va continuer de travailler pour maintenir le blindage de son indépendance politique, organisationnelle et financière, et va continuer d’agir en accord avec les droits et libertés les plus élémentaires et fondamentales qui lui incombent. Nous considérons que c’est la meilleure contribution que nous pouvons apporter à la défense de la classe des travailleurs basques face à un  establishment politique, médiatique et patronal tolérant de moins en moins la démocratie.

[plus d’audace dans la défense de l’autonomie navarraise]

11 – En Navarre, après des années de répression institutionnelles contre tout ce qui est basque, la normalisation de la vie culturelle, sociale et politique constituait une tâche indispensable de la nouvelle phase politique. Même si une plus grande détermination, planification et célérité auraient été souhaitables, ELA a reconnu et souligné les pas effectués par l’actuel gouvernement dans la normalisation de l’euskara, de la culture et de ses symboles. ELA a soutenu des initiatives institutionnelles concernant le devoir de mémoire et la reconnaissance de l’ensemble des victimes liées à des causes politiques, y compris les victimes oubliées comme celles du coup d’Etat de 1936 ou celles liées aux violences policières ou de l’extrême droite.

12 –Cependant, nous constatons un manque de vigueur au niveau de la défense de l’autonomie. Les nombreux recours de l’Etat contre les lois forales, le non transfert de compétences promises ou les abus permis par les lois basiques de l’Etat auraient exigé du Gouvernement d’Iruña plus d’initiatives politiques et institutionnelles face à celles de l’Etat.

13 – D’autre part, même si l’action du Gouvernement respecte (contrairement à celle de la CAE) la pluralité syndicale, ses politiques publiques partagent la même orientation néolibérale. C’est la raison pour laquelle ELA considère urgent de joindre la défense des outils d’autogouvernement à la défense d’une politique sociale favorables aux intérêts des majorités sociales dont les conditions de vie sont sans cesse attaquées.

[la gauche doit faire sien le mécontentement social]

14- Dans ce contexte, ELA souligne l’urgence que la gauche politique prenne en compte le mécontentement social et la désaffection  citoyenne envers une telle politique toujours plus autoritaire et anti-sociale. ELA considère que cette désaffection provoquée par le néolibéralisme ouvre non seulement la voie aux positions fascistes, mais explique en outre le manque de dynamique dont souffre la revendication nationale.  L’abstentionnisme croissant dans les quartiers les plus frappés par le chômage, la précarité et le manque de protection sociale constitue un véritable signal d’alarme révélateur de ce que nous disons. Seule une gauche faisant siennes les aspirations des majorités précarisées sera à même de formuler un projet souverainiste pouvant attirer à elle de larges pans de la population.

15 – Dans cette perspective, ELA considère obsolète le postulat historique (exprimé par la métaphore de Maltzaga) affirmant que réussir à changer notre statut d’autogouvernement suppose de partir d’un accord de base entre les abertzale. Oui, un accord sur des bases minimum entre tous les souverainistes pour une confrontation démocratique avec l’Etat serait des plus souhaitables. Mais quand des forces expriment clairement leur refus d’un tel accord, le souverainisme ne peut se contenter de s’asseoir et d’attendre, et doit essayer de se renforcer et d’ouvrir d’autres voies.

[valoriser l’empowerment des consultations]

16 – Concernant les consultations populaires qui se succèdent en Hegoalde ELA apprécie l’exercice d’empowerment, de capacitation qu’elles permettent. Que des groupes de personnes volontaires créent peu à peu des mécanismes de consultation populaire parfaitement régulés a une grande valeur en soi. Ce que construit ce processus pourrait permettre demain d’interpeller le système institutionnel dans le cas où ce dernier persisterait dans sa décision d’endormir les velléités de confrontation politique.

17 – ELA croit que ces consultations pourraient être renforcées si le droit de décider s’unissait aux demandes en lien avec les aspirations matérielles de la citoyenneté. Nous sommes convaincus qu’unir le droit de décider aux revendications exprimées par la population aurait une valeur pédagogique certaine et permettrait qu’une large base sociale, allant au-delà du monde abertzale, fasse sienne la revendication souverainiste.

[une nouvelle étape pour Iparralde]

18- ELA a manifesté sa satisfaction suite à la création d’une seule Communauté d’agglomération regroupant Iparralde. Bien que cette dernière soit loin, du point de vue des compétences, des aspirations du monde abertzale, elle constitue un pas dotant les 3 provinces du Nord d’une visibilité institutionnelle et d’instruments réels  en phase avec les besoins de la population. ELA espère que l’obtention de cet outil institutionnel n’affaiblisse pas l’élan de l’abertzalisme et qu’au contraire elle le renforce. ELA considère très positif  que parmi les vice-présidences de la Communauté d’Agglomération Pays Basque deux aient une vocation transversale. D’une part, celle qui gérera la politique linguistique, et d’autre part celle qui s’occupera de la transition écologique et énergétique.

[droit de vivre et de travailler en euskera]

19 – ELA revendique l’euskara comme l’expression la plus immédiate, partagée et adéquate de notre nationalité. Nous sommes convaincus que le sort des deux, euskara et souveraineté, vont de pair, et que les avancées de l’une renforcent l’autre, et vice-versa.  Notre aspiration à la souveraineté et à la liberté de notre pays va de pair avec la revendication en faveur de notre langue et avec notre engagement de la rendre toujours plus présente dans la vie interne du syndicat et sur les lieux de travail.  Parce qu’utiliser notre langue, vivre en euskara, constitue un droit inaliénable. Et pour que cela soit possible, en plus des engagements personnels et collectifs tellement nécessaires, on a besoin également de politiques publiques beaucoup plus audacieuses pour promouvoir l’apprentissage et l’utilisation normale de notre langue : des politiques qui rendent possible une égalité réelle entre tous-tes les citoyen-ne-s.

Vive le Pays Basque libre ! Gora Euskal Herria askatuta!

A Bilbao le 11 avril 2017

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