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L’Histoire de la Silésie est celle d’une nation qui a subi les pires conséquences de la folie des guerres civiles européennes du 20ème siècle, première puis deuxième guerre mondiale, puis de la chape de plomb, plus de trois décennies durant, de la guerre froide et du rideau de fer.

Progressivement, la Silésie renoue avec l’Europe, avec sa propre Histoire, et avec son identité. Le Ruch Autonomii Slaska (Rassemblement Autonomiste Silésien) a amorcé la reconquête de cette identité malmenée, et si longtemps refoulée.

La nation silésienne est une des nations slaves qui, entre Russie et Allemagne, ont été au centre des pires atrocités de la guerre. La Pologne, la Tchéquie, la Moravie, la Slovaquie et la Silésie, sont des nations slaves qui se sont construites autour des guerres féodales du Moyen Age, dans le rattachement au catholicisme, quand la Russie était orthodoxe et la Prusse luthérienne. La plus puissante était la Pologne, qui a voulu annexer les autres et former la « Grande Pologne », au détriment de l’identité silésienne propre, un peu comme l’Italie génoise ou mussolinienne agissait pour la Corse, tandis que la Russie et l’Allemagne ont toujours regardé vers ces territoires ouverts à leur impérialisme colonial. Dans ces grandes étendues de l’Europe Centrale, la géographie des peuples est moins lisible qu’ailleurs en Europe, mais un territoire national s’est progressivement dessiné, riche au Nord, en Basse Silésie (Breslau/Wroclaw), rural et pauvre en Haute Silésie, où se trouve Katòwice, ville champignon issue de la révolution industrielle du 19ème siècle.

Car si le 20ème siècle a été celui de toutes les barbaries, le 19ème siècle a été pour la Silésie celui de la prospérité industrielle, grâce à la découverte sur le site de l’actuelle Katòwice d’un des plus importants gisement houiller d’Europe. Mais Katòwice a été davantage qu’un bassin houiller générant une industrie de l’acier parmi les plus riches du continent européen. Elle a été aussi une sorte de Silicon Valley européenne de la sidérurgie car on y a découvert au milieu des années 1800 les vertus du zinc, qui rend les aciers inoxydables et donc résistants à toutes les corrosions. Les zincs des comptoirs de tous nos bars de villages, le zinc des gouttières ou des « couvertures aciers », celui qui protège les charpentes métalliques des Grandes Halles couvertes, tout cela était maîtrisé par l’industrie de Katòwice. Et la production du zinc et d’aciers zingués la source d’une richesse économique incomparable.

L’afflux de population a alors été très important, des Silésiens quittant leurs campagnes pauvres, des Polonais attirés par l’offre de travail, et des Allemands. En Allemagne, le travail ne manquait pas, car la Ruhr a été la plus importante des industries d’Europe. Ce sont surtout des capitaux et des entrepreneurs qui se sont établis en Silésie pour exploiter le filon économique découvert là. Nous sommes au temps de Bismarck, et l’Allemagne est, de loin, la nation alors socialement la plus avancée d’Europe. Le capitalisme social allemand a inventé la Sécurité Sociale dont les Alsaciens, allemands de 1870 à 1918, bénéficient encore aujourd’hui.

Le site de Nikiszowiec , classé au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco, est emblématique de cet âge d’or. Deux architectes allemands y ont dessiné les plans d’une ville ouvrière offrant aux mineurs des logements ultra-modernes pour leur époque, disposant dès le tout début des années 1900 de l’électricité et de l’eau courante, et des services sociaux financés par la compagnie minière, de l’Eglise à l’Hôpital, l’école et la Poste, en passant par une laverie collective mécanisée où les femmes de mineurs lavaient les vêtements de leurs maris au retour de la mine. L’architecture est magnifique, digne de Le Corbusier, et des milliers d’ouvriers y vivent encore de nos jours.

Mais le vingtième siècle a vite basculé dans l’horreur avec la première guerre mondiale. La Silésie et son bassin économique, entre Pologne et Allemagne, a été un enjeu géostratégique du conflit, et, une fois la guerre terminée, la Silésie a été sommée de choisir entre Allemagne et Pologne. Un referendum tenu en 2020 partage le territoire en deux, puis la Pologne s’empare de la souveraineté sur la totalité du territoire avec l’appui des alliés. Quatre millions Allemands établis en Silésie depuis deux générations au moins sont expulsés en masse, manu militari, et avec eux bon nombre de Silésiens que les Polonais conquérants voulaient déposséder. Du reste de la Pologne et de l’Ukraine des populations nouvelles ont afflué et généré une véritable colonisation de peuplement.

La Nation allemande connaîtra là une de ses blessures les plus profondes sur lesquelles le nazisme et Hitler ont construit l’ascension du 3ème Reich. Jusqu’à l’invasion par la Wehrmacht qui déclenchera la deuxième guerre mondiale.

De cette période noire, il reste le symbole le plus épouvantable, celui d’Auschwitz. Puis une « libération » qui n’en fut pas une car la région, et la Pologne dans son ensemble, tomberont sous le joug soviétique de Staline qui, lui aussi, multiplia les massacres, dont le tristement célèbre massacre de Katyn où l’essentiel des cadres de l’armée polonaise ont été exécutés en masse par l’armée rouge qui, durant des décennies, a voulu en faire porter la responsabilité au régime nazi.

C’est toute cette histoire tragique que le musée ultramoderne de Katòwice retrace dans une scénographie exceptionnelle. Ce musée, financé largement par l’Union Européenne, est un acte de mémoire et de reconstruction psychologique et morale pour cette population traumatisée par l’Histoire.

Créé sur le carreau minier de la ville, sa conception est révolutionnaire. Au lieu de s’élever sur plusieurs étages comme n’importe quel autre musée, il plonge de plusieurs niveaux dans les entrailles de la terre comme le faisaient les mines de charbon dont il prend aujourd’hui la place. Des « puits de lumière » savamment aménagés en surface éclairent ses galeries d’exposition. L’effet est saisissant.

L’Histoire de la ville y est évoquée avec talent. On ressent toute l’oppression subie tout au long de ces générations sacrifiées au travail puis à la guerre, et aussi l’espoir que Solidarnosc a fait enfin renaître, puis les effets de l’intégration à l’Union Européenne qui offre aux Silésiens, ballotés par l’Histoire, écrasés par les occupations, dénigrés par Varsovie, une occasion historique pour être à nouveau eux-mêmes. Le Musée est d’ailleurs un des très rares endroits publics où la langue silésienne est visible.

Des entrailles de sa Terre, le peuple silésien peut enfin renaître.

François Alfonsi

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