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Créée le 28 juillet 2016 par l’Assemblée de Corse sur proposition du Président Jean-Guy Talamoni, l’Assemblea di a giuventù a été installée le mardi 4 avril 2017

Cette nouvelle institution de niveau territorial compte 62 membres âgés de 16 à 25 ans. Elle est composée de quatre collèges : 21 étudiants de l’Université de Corse, désignés par les syndicats étudiants – 8 jeunes actifs, désignés par les syndicats professionnels – 10 lycéens, désignés au sein du Conseil Académique de la Vie Lycéenne – 23 membres, désignés par un jury d’élus, sur candidature.

L’Assemblea di a giuventù doit permettre à la jeunesse, considérée ici comme une ressource, d’agir aux côtés des élus et de donner véritablement les moyens aux jeunes de participer à la chose publique.



Séance d’installation de l’Assemblea di a giuventù Assemblée de Corse
– Aiacciu – 4-04-2017
Discours du Président* Jean-Guy Talamoni Chers collègues,

Chère jeunesse de Corse, « Valeureuse jeunesse de Corse », C’est par ces mots que débutait un célèbre discours de notre histoire. C’était il y a deux cent cinquante ans et ce discours appelait à prendre les armes pour défendre la liberté. Mon appel d’aujourd’hui, plus serein, vous invite à construire un pays moderne et apaisé. Il y a, dans le monde entier, des populations qui se sentent privées de la maîtrise de leur destin.

Dans chaque pays, il existe d’immenses fractures : fracture entre ville et milieu rural, fracture entre ceux qui décident et ceux qui subissent, fracture entre les vainqueurs de la mondialisation et ceux qui sont laissés de côté. Mais la fracture la plus lourde est certainement celle qui sépare la jeunesse du monde politique. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire : en France, chacun se souvient des évènements de mai 68, qui ont eu une influence majeure sur les questions sociétales. Près de cinquante ans plus tard, en 2015, le mouvement « Nuit debout » apparaissait. Une démarche tout à fait respectable mais, à ce jour, sans réel impact.

En Corse, ce mouvement n’a pas eu de succès car notre jeunesse a l’habitude de se mobiliser d’une autre manière, souvent plus audacieuse. Pour nous, il est utile et sain que nos jeunes conservent leur capacité à refuser l’inadmissible et à exprimer ce refus dans la rue. Mais il faut également donner aux jeunes d’autres moyens de participer à la vie publique. Bien entendu, les lieux d’investissement sont nombreux : structures sportives, associations culturelles, économiques ou humanitaires, syndicats…

Mais le politique, en tant qu’espace démocratique et organisé de l’action publique, est certainement le principal lieu où se décide notre avenir collectif. Thucydide le disait il y a deux mille cinq cents ans : un être humain qui ne s’occupe pas de politique n’est pas un citoyen tranquille, c’est un citoyen inutile. Vous, vous en êtes convaincus puisque vous êtes ici. Il faudra convaincre les autres jeunes que la politique n’est pas quelque chose de sale, que la politique est l’activité la plus difficile mais aussi la plus élevée dans la société. La politique est ce qui nous différencie du monde animal. Vous connaissez la célèbre formule d’Aristote : « L’homme est un animal politique ». Il est vrai que certains élus ont largement contribué à dévaloriser la politique, mais ils constituent une minorité. En Corse, en France et ailleurs, la majeure partie des élus sont honnêtes et s’emploient activement à défendre le bien commun.

Le bien commun…

Il n’y a pas de proverbe plus faux que celui qui dit « Celui qui sert le bien commun ne sert personne ». Ce qui sert le commun sert chacun, et même davantage. Il sert au-delà du large cercle des habitants du pays. Parce que le bien commun n’est pas simplement l’addition des intérêts particuliers à un moment donné. Le bien commun est un lien entre les générations, entre les morts, les vivants et ceux qui n’ont pas encore vu le jour. Mais le bien commun, ce n’est pas seulement l’intérêt collectif des êtres humains, parce que les hommes et les femmes ont le devoir de veiller sur la planète entière. Ils doivent en être les gardiens, toujours vigilants et fidèles. Ainsi, la préoccupation écologique dépasse les limites des intérêts humains. On le voit bien, le bien commun est une idée large, forte, un objectif politique mais bien plus que cela. Il faut faire entrer dans les coeurs et les esprits une véritable mystique du bien commun, du « bien public », locution que l’on trouve à chaque page de la correspondance de Pasquale Paoli et que nous, ses héritiers, prenons comme unique phare. Voilà ce qu’est la politique : l’activité humaine la plus noble qui soit. Alors vous, jeunes élus, serez, auprès de la jeunesse corse, les ambassadeurs du monde politique. Vous direz à vos pairs ce que nous faisons, ce que vous faites, et vous leur demanderez de participer à vos travaux. Ainsi se résorbera la fracture entre le monde politique et la jeunesse. Parce que l’histoire nous a enseigné, particulièrement au XXe siècle, ce que peut entraîner la haine de la politique et le populisme pervers qui naît du désespoir. C’est la raison pour laquelle il nous faut restaurer la confiance en la politique et en la démocratie, et réduire les fractures qui marquent la société actuelle. C’est que nous essayons de faire en Corse depuis un an et demi. Nous avons créé un Comité d’évaluation des politiques publiques parce que, plus que jamais, la transparence doit être le maître mot. Afin de réduire la fracture géographique, nous avons installé un « Comité de massif ». Dans le même esprit, c’est pour réduire la fracture de l’âge que j’ai voulu cette Assemblea di a Giuventù. Pour permettre aux jeunes d’entrer, en tant qu’acteurs, dans nos institutions politiques.

Voilà ce qu’est cette Assemblée. Avec l’Assemblée de Corse, le Conseil Exécutif, le Conseil économique, social et culturel, elle sera la quatrième institution de la Corse. A titre personnel et en tant que Président de l’Assemblée de Corse, j’attends beaucoup de cette nouvelle expérience. Je ne peux conclure sans rappeler la situation de jeunes Corses, emprisonnés ou recherchés qui, pour l’heure, ne peuvent participer comme vous à la construction du pays. C’est un malheur pour eux et leurs proches. C’est une perte pour la Corse qui aurait bien besoin de leur talent et de leur énergie. C’est également une honte pour ceux qui organisent régulièrement des dizaines d’arrestations de jeunes Corses. ° ° ° Vous savez qu’autour de nous, tous les pays sont inquiets. Pour notre part, nous essayons d’introduire de la confiance dans la société corse pour la préserver des dangers qui menacent le continent tout entier. Y parviendrons-nous ? Je ne le sais pas. Il est encore trop tôt pour le dire. Mais essayons tous ensemble, au-delà de nos idées politiques différentes. Essayons avec sincérité et détermination. Il ne s’agit pas d’avoir la prétention d’indiquer la voie aux autres pays car nous sommes un petit peuple aux moyens matériels très restreints. Mais peut-être que demain, vous, jeunes Corses, vous donnerez raison à Jean-Jacques Rousseau, qui annonça autrefois que notre petit peuple étonnerait l’Europe. En attendant, travaillons avec foi et amour.

Pour la Corse, pour la sauvegarde de la maison commune, et pour les générations à venir.

Je vous remercie.

Président Jean-Guy Talamoni

 

 

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