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((c) Settimana édition du 23 septembre 2016) Premier élu de sa génération à avoir rompu la cloison de verre avec les nationalistes, le maire socialiste de Bonifacio se dit favorable à une amnistie  »avec des nuances ».

Participerez-vous au rassemblement prévu à Ajaccio demain ?

Oui, à titre personnel. Je ne fera pas d’appel public au nom de la commune de Bonifacio pour la bonne et simple raison que j’estime qu’il s’agit d’une décision qui appartient à chacun. Par ailleurs, les membres de mon conseil municipal ne sont pas unanimes sur la question et il est hors de question que j’engage Bonifacio dans son ensemble pour une problématique complexe, qui relève de la conscience personnelle.

Etes-vous favorable à une amnistie des prisonniers corses ?

J’ai toujours pris position de la même manière et je le répète : je suis favorable à une amnistie pour tous les détenus qui ne sont pas concernés par les crimes de sang. Pour les autres, comme les membres du commando condamnés pour l’assassinat du préfet Erignac, je suis comme beaucoup : je réclame simplement l’application de la loi, du droit commun. En clair, ils doivent être rapprochés, en Corse.

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Un fait majeur est survenu en juin 2014 : l’engagement ferme et clair des clandestins à déposer les armes.

Pourquoi cette question de l’amnistie semble, aujourd’hui, recueillir l’assentiment d’élus et d’organisations qui se situent au-delà des seuls nationalistes ?

C’est assez simple à comprendre : la situation a radicalement changé. Les précédentes mesures d’amnistie ont été adoptées à une époque de troubles et de violences. Or, qu’observe-t-on de nos jours ? Qu’un fait majeur est survenu en juin 2014 : l’engagement ferme et clair des clandestins à déposer les armes. C’est la première fois, en quarante ans, qu’un tel geste a lieu. Il est, selon moi, nécessaire de l’accompagner.

Plusieurs lois d’amnistie ont été votées ces quarante dernières années, en particulier deux, au cours de la décennie des années quatre-vingt. Elles sont loin d’avoir suffi à résoudre la question corse. Pensez- vous que de nouvelles dispositions le permettraient ?

Bien sûr que rien n’est jamais irréversible, que le risque peut toujours exister. Mais je pense pas que ce soit le cas. En tout cas, après le  »geste » des clandestins, un geste du gouvernement serait de nature à s’engager sur la voie d’un apaisement durable, voire définitif. Il faut à tout prix éviter les logiques de vengeance d’Etat.

Selon vous, de telles mesures ont-elles la moindre chance d’être adoptées ?

Sincèrement, lorsqu’on parle d’amnistie, de rapprochement, on ne parle pas de processus juridiques et politiques très lourds comme une modification de la Constitution. On sait qu’il s’agit aujourd’hui d’une attente très forte. J’estime qu’il serait intelligent d’y répondre, au moins en partie, sur le volet du rapprochement, par exemple. Maintenant, je conçois parfaitement qu’à quelques mois de l’élection présidentielle de 2017 et compte tenu de situations nationale et internationale très compliquées, cela soit une décision difficile à prendre d’un point de vue politique.

((c) Settimana édition du 23 septembre 2016)